Pourquoi un chien croisé ne ressemble pas toujours à ses races

Oreilles, poil, taille : quelques gènes suffisent à changer l’allure d’un chien. C’est pour cela que l’apparence d’un chien croisé trompe si souvent sur ses races.

Par la rédaction Get Dog DNA Test. Publié le . Lecture : 3 min.

Chienne croisée à la robe bringée et au poitrail blanc, assise dans un champ de jonquilles

Le paradoxe du chien croisé

Vous regardez votre chien et vous voyez un berger. Votre voisin voit un labrador. Au refuge, on avait écrit « croisé griffon ». Tout le monde a raison sur un détail, et personne ne voit l’ensemble.

Ce n’est pas un manque d’œil. La génétique de l’apparence du chien est ainsi faite : quelques variantes génétiques décident de traits très visibles, pendant que l’essentiel du génome reste invisible à l’œil nu.

Peu de gènes pour beaucoup d’apparence

Chez le chien, la sélection par l’être humain a fixé des traits spectaculaires qui reposent sur un nombre étonnamment faible de gènes.

  • Le poil. Une étude publiée dans Science en 2009 a montré que trois gènes suffisent à expliquer l’essentiel des types de poil chez les chiens de race : un pour le poil long, un pour le poil frisé, un pour la barbe et les sourcils fournis.
  • Les pattes courtes. Une seule insertion génétique est associée aux pattes courtes de races comme le teckel, le basset ou le corgi (Science, 2009).
  • La petite taille. Une variante d’un gène de croissance, IGF1, est un facteur majeur de la petite taille chez de nombreuses races (Science, 2007).

Conséquence directe : un chien peut hériter du poil dur d’un terrier ou des pattes courtes d’un teckel alors que ces races ne représentent qu’une petite part de son ADN. À l’inverse, la race qui compose la plus grande part de son génome peut ne laisser presque aucune trace visible.

Dominant, récessif : ce qui se voit et ce qui se cache

Certaines variantes s’expriment dès qu’un seul parent les transmet. D’autres ne se voient que si les deux parents les transmettent. Un chien peut donc porter, sans les montrer, des traits qui réapparaîtront chez ses chiots.

C’est aussi pour cela que deux chiots de la même portée peuvent sembler appartenir à des races différentes : chacun a reçu sa propre combinaison de variantes.

Première génération ou croisement ancien

Un chien issu de deux parents de race différente, dit de première génération, ressemble souvent à un mélange assez lisible des deux. Mais la plupart des chiens croisés adoptés en Europe ont une histoire plus longue : leurs parents étaient eux-mêmes croisés, parfois depuis plusieurs générations. Chaque génération redistribue les cartes, et l’apparence devient de moins en moins un indice fiable.

Ce que montrent les études sur les refuges

Des chercheurs ont comparé la race annoncée par des refuges à celle détectée par un test ADN. Dans une étude publiée en 2009, la race annoncée ne figurait parmi les races principales détectées que pour un quart des chiens testés. Pour la grande majorité, au moins une race du chien n’avait pas été identifiée par le regard.

Cela ne veut pas dire que les équipes des refuges se trompent par négligence. Elles ont une fiche à remplir et un chien à faire adopter. Elles font une estimation à partir de ce qui se voit, et ce qui se voit ne dit qu’une partie de l’histoire.

Et le caractère ?

Si l’apparence trompe sur les races, les races trompent sur le caractère. Une étude publiée en 2022 dans Science, portant sur plus de 18 000 chiens, estime que la race n’explique qu’environ 9 % des différences de comportement entre individus. Connaître les races de votre chien éclaire son histoire. Son éducation, son vécu et sa personnalité restent ce qui le définit.

Ce qu’il faut retenir

  • L’apparence d’un chien dépend d’un petit nombre de gènes très visibles.
  • Un chien croisé peut ressembler à une race minoritaire dans son ADN et cacher sa race principale.
  • L’estimation visuelle, même par des personnes expérimentées, rate souvent au moins une race.
  • Seul un test ADN lit directement la composition, avec les limites propres à chaque laboratoire : ce qui fait la fiabilité d’un test ADN.

Sources

  1. Voith V. L. et al. (2009). Comparison of adoption agency breed identification and DNA breed identification of dogs. Journal of Applied Animal Welfare Science, 12(3).
  2. Cadieu E. et al. (2009). Coat variation in the domestic dog is governed by variants in three genes. Science, 326.
  3. Parker H. G. et al. (2009). An expressed fgf4 retrogene is associated with breed-defining chondrodysplasia in domestic dogs. Science, 325.
  4. Sutter N. B. et al. (2007). A single IGF1 allele is a major determinant of small size in dogs. Science, 316.
  5. Morrill K. et al. (2022). Ancestry-inclusive dog genomics challenges popular breed stereotypes. Science, 376.

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